Au nom du peuple,
Sur la base du décret Présidentiel n° 2022-506 du 25 mai 2022, relatif à la convocation des électeurs pour le référendum sur un projet d’une nouvelle Constitution de la République tunisienne le 25 juillet 2022,
Vu la décision de l’Instance supérieure indépendante pour les élections n° 2022-22 du 16 août 2022, relative à la proclamation des résultats définitifs du référendum sur un projet d’une nouvelle Constitution de la République tunisienne le lundi 25 juillet 2022,
Kaïs Saïed,
le Président de la République tunisienne,
promulgue la Constitution de la République tunisienne dont la teneur suit :
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
Préambule
Nous, le peuple tunisien, détenteur de la souveraineté, avons réalisé, à compter du 17 décembre 2010, une ascension sans précédent dans l'histoire, nous nous sommes révoltés contre l'injustice, la tyrannie, l’affamement et les abus dans tous les aspects de la vie.
Nous, le peuple tunisien, qui avons pâti et enduré pendant plus d'une décennie suite à cette révolution bénie, n'avons cessé de soulever nos revendications légitimes de travail, de liberté et de dignité nationale, mais en retour nous n’avons reçu que de fallacieux slogans et promesses, la corruption n’a fait que s’aggraver, la spoliation de nos richesses naturelles et de nos deniers publics n’a fait que s’accentuer en l’absence de toute redevabilité. Profondément animés par la responsabilité historique, nous étions, alors, dans l’obligation de redresser le cours de la révolution, voire même le cours de l'histoire, mission accomplie le 25 juillet 2021, date de la commémoration de la proclamation de la République.
Nous, le peuple tunisien, qui avons sacrifiés des légions de martyrs pour l’affranchissement et la liberté, leur sang pur et auréolé s'est mêlé à cette terre bénie pour peindre les couleurs de la bannière nationale.
Nous avons exprimé notre volonté et nos choix majeurs à travers la consultation nationale à laquelle ont participé des centaines de milliers de citoyens et citoyennes en Tunisie et à l'étranger, et après examen des résultats du dialogue national et ce pour que personne n’impose son avis et qu’aucune partie n’édicte son choix.
Nous, le peuple tunisien,
Approuvons cette nouvelle Constitution pour une nouvelle République, avec en toile de fond notre histoire pleine de gloires, de sacrifices, d’affres et d'héroïsme.
Notre cher pays a connu divers mouvements de libération, dont, et non des moindres le mouvement de libération intellectuelle au milieu du XIXe siècle, suivi d'un mouvement de libération nationale depuis le début du XXe siècle jusqu'à l’indépendance et la libération de l’hégémonie étrangère.
Un mouvement de libération intellectuelle a commencé, s’en est suivi un mouvement de libération nationale, puis l'explosion révolutionnaire du 17 décembre 2010, suite à laquelle a été lancé le mouvement de redressement à l'occasion du soixante-quatrième anniversaire de la proclamation de la République, pour franchir vers une nouvelle étape de notre histoire, pour passer du désespoir et de la déception à l'espoir, au travail et aux vœux pour que le citoyen soit libre dans une patrie libre et totalement souveraine, pour que règne la justice, la liberté et la dignité nationale.
Nous adoptons la présente Constitution, en s’inspirant des gloires et des affres du passé en aspirant à un avenir meilleur pour nous et pour les générations futures, pour hisser de plus en plus haut le drapeau national dans tous les forums et sous tous les cieux.
Nous consentant la présente Constitution, en ayant à l’esprit notre patrimoine constitutionnel profondément enracinée dans l'histoire, de la Constitution de Carthage, au Pacte Fondamental, à la Déclaration des droits du souverain et de ses sujets, à la loi de l'Etat tunisien de 1861, ainsi que dans tous les textes constitutionnels que la Tunisie a connus depuis son indépendance.
Un certain nombre de ces textes a relativement atteint le succès, mais un nombre non négligeable a été détourné afin de conférer une légitimité formelle et captieuse aux dirigeants.
Dans cette mémoration de l'histoire constitutionnelle de la Tunisie, l’intégrité nous contraint a invoqué un des textes constitutionnels majeurs de l’époque, la Balance, la Constitution que la Tunisie a connue au début du XVIIe siècle, et connue par la population comme « le Registre rouge » eu égard à sa reliure de couleur rouge. Ayant été rédigée par des tunisiens qui croyaient en la justice en tant que valeur symbolisée par la balance, distribuée à la population, qui pouvait s’en prévaloir si elle craignait l’iniquité de la cour.
Nous, le peuple tunisien,
Veillons au travers de la présente nouvelle Constitution, à instaurer la justice, la liberté et la dignité. Il ne peut y avoir de paix sociale sans justice, de dignité humaine sans liberté réelle, de fierté patriotique sans souveraineté complète et sans indépendance absolue.
Nous établissons là un nouveau système constitutionnel qui repose non seulement sur l'Etat de droit, mais également sur la société de droit afin que les règles juridiques soient l’expression sincère et honnête de la volonté du peuple, qui non seulement l’internalise mais sera l’outil de son implémentation en affrontant quiconque les transgressera ou tentera de les violer.
Nous, tout en approuvant la présente nouvelle Constitution, croyons que la vraie démocratie ne réussira que si la démocratie politique est assortie d’une démocratie économique et sociale, et ce, en donnant au citoyen le droit de choisir librement ses représentants, d’instaurer la redevabilité de ces derniers, et lui donnant le droit à une répartition juste des richesses nationales.
Nous, le peuple tunisien,
Réaffirmons notre appartenance à la nation arabe et notre souci de s’attacher aux dimensions humaines de la religion islamique. Nous affirmons également notre appartenance au continent africain qui porte le nom historique de notre chère patrie.
Nous sommes un peuple qui refuse que notre Etat conclue des alliances à l'étranger, tout comme il refuse toute ingérence dans ses affaires intérieures. Nous nous attachons à la légalité internationale et triomphons pour les droits légitimes des peuples qui, selon cette légitimité, ont le droit de disposer d’eux-mêmes, en premier lieu le droit du peuple palestinien à sa terre spoliée et à l'établissement de son Etat, sur cette terre après libération, avec Al-Quds Al-Sharif pour capitale.
Nous, le peuple tunisien, détenteur de la souveraineté,
Nous renouvelons notre attachement à établir un système politique fondé sur la séparation des fonctions législative, exécutive et judiciaire, et à instaurer un véritable équilibre entre elles.
Nous réaffirmons également que le système républicain est le meilleur garant pour préserver la souveraineté du peuple et répartir équitablement les richesses de notre pays de manière juste entre tous les citoyens et les citoyennes.
Nous œuvrerons avec constance et sincérité pour que le développement économique et social se poursuive sans embuches et sans récession dans un environnement sain qui accroît la splendeur de nôtre belle Tunisie dénommée la verte, et pour que le développement durable se fasse dans un environnement sain exempt de pollution.
Nous, le peuple tunisien, qui, le 17 décembre 2010, avons brandi le slogan historique, Le peuple veut, approuvons cette Constitution comme base de la nouvelle République tunisienne.
Chapitre premier : Dispositions générales (Article 1 à Article 21)
Chapitre II : Des droits de libértes (Article 22 à 55)
Chapitre III : La fonction législative : (Article 56 à 86 )
Section première : L’Assemblée des représentants du peuple (Article 58 à 80 )
Section 2 : Le Conseil national des régions et des districts (Article 81 à 86 )
Chapitre IV : La fonction exécutive (Article 87 à 116)
Section première Le Président de la République (Article 88 à 110)
Section 2 Le Gouvernement (Article 111 à 116 )
Chapitre V : La fonction juridictionnelle (Article 117 à 124 )
Chapitre VI : La Cour constitutionnelle (Article 125 à 132 )
Chapitre VII : Les collectivités locales et régionales (Article 133)
Chapitre VIII : L’Instance supérieure indépendante pour les élections (Article 134 )
Chapitre IX : Le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement (Article 135 )
Chapitre X : La révision de la Constitution (Article 136 à 138 )
Chapitre XI : Dispositions transitoires et finales (Article 139 à 142 )
Fait au palais de Carthage, le mercredi 19 moharem alharam 1444 / 17 août 2022.
Kaïs Saïed
Le Président de la République
باسم الشعب ،
وبناء على الأمر الرئاسي عدد 506 لسنة 2022 المؤرخ في 25 ماي 2012 المتعلق بدعوة الناخبين إلى الاستفتاء في مشروع دستور جديد للجمهورية التونسية يوم الاثنين 25 جويلية 2022
وبعد الاطلاع على قرار الهيئة العليا المستقلة للانتخابات عدد 12 لسنة 2012 المؤرخ في 15 أوت 2012 المتعلق بالتصريج بالنتائج النهائية للاستفتاء في مشروع دستور جديد للجمهورية الثانية يوم الإثنين 25 جويلية 2022،
يصدر
قيس السعيد
رئيس الجمهورية التونسية
دستور الجمهورية التونسية الآتي نصه
بسم الله الرحمن الرحيم
التوطئة
نحن، الشعب التونسي، صاحب السيادة، الذي حقق بداية من يوم 17 ديسمبر 2015 صعودا شاهقا غير مسبوق في التاريخ، ثائراعلى الظلم والاستبداد وعلى التجويع والتنكيل في كل مرافق الحياة.
نحن، الشعب التونسي، الذي صبر وصابر لمدة أكثر من عقد من الزمن إثر هذه الثورة المباركة، فلم ينقطع عن رفع مطالبه المشروعة في الشغل والحرية والكرامة الوطنية، ولكنه لم يلق في المقابل سوى شعارات زائفة، ووعود كاذبة ، بل زاد الفساد استفحالا ، وتفاقم الاستيلاء على ثرواتنا الطبيعية والسطو على المال العام دون أي محاسبة. فكان لابد من موقع الشعور العميق بالمسؤولية التاريخية من تصحيح مسار الثورة بل ومن تصحيح مسار التاريخ ، وهو ما تم يوم 25 جويلية 2021 ، تاريخ ذكرى إعلان الجمهورية.
نحن الشعب التونسي ، الذي قدم جحافل الشهداء من أجل الانعتاق و الحرية، فاختلطت دماؤهم الطاهرة الزكية بهذه الأرض الطيبة، راسمين بدمائهم فوقها لوني الراية الوطنية .
وقد عبرنا عن إرادتنا واختياراتنا الكبرى من خلال الاستشارة الوطنية التي شارك فيها مئات الآلاف من المواطنين والمواطنات داخل توفي وخارجها، وبعد النظر في نتائج الحوار الوطني حتى لا ينفرد أحد بالرأي أو تستبد أي جهة بالاختيار.
نحن الشعب التونسي
نقر هذا الدستور الجديد للجمهورية جديدة دون أن ننسی تاريخنا الحافل بالأمجاد و التضحيات والآلام والبطولات.
لقد عرف وطننا العزيزحركات تحرر شتى، وليست أقلها حركة التحرر الفكري في أواسط القرن التاسع عشر، التي تلتها حركة تحرير وطني منذ بداية القرن العشرين حتى حصول تونس على استقلالها وتخلصها من الهيمنة الأجنبية.
بدأت حركة تحرير فكري فحركة تحرير وطني، وجاء الانفجار الثوري في 17 ديسمبر 2010، وانطلقت إثرها حركة التصحيح بمناسبة الذكرى الرابعة والستين لإعلان الجمهورية، للعبور إلأى مرحلة جديدة في التاريخ، للعبور من اليأس والإحباط إلى الامل والعمل والرجاء، إلى مرحلة المواطن الحر، في وطن حر كامل السيادة، إلى مرحلة تحقيق العدالة والحرية والكرامة الوطنية.
اننا نقر هذا الدستور مستحضرين أمجاد الماضي وآلامه متطلعين إلى مستقبل أفضل لنا و لأجيال سوف تأتي من بعدنا لترفع الراية الوطنية أعلى وأعلى في كل محفل وتحت كل سماء .
إننا نرتضي هذا الدستور و في وجداننا تراثنا الدستوري الضارب في أعماق التاريخ من دستور قرطاج إلى عهد الأمان، إلى إعلان حقوق الراعي والرعية وقانون الدولة التونسية لسنة 1861، فضلا عن النصوص الدستورية التي عرفتها تونس إثر الاستقلال.
نجح عدد منها بعض النجاح، وتم الانحراف بعدد غير قليل منها حين تحولت النصوص إلى وسيلة لإضفاء مشروعية شكلية زائفة على الحكام.
وفي هذا الاستحضار لتاريخ تونس الدستوري ، تقضي الأمانة التأكيد على أن من بين أهم النصوص الدستورية الدستور الذي عرفته تونس في مطلع القرن السابع عشر وكان يحمل اسم الميزان وعرف عند السكان آنذاك بالزمام الأحمر، لأن سفره كان أحمر اللون. وقد حرره تونسيون ممن كانوا مؤمنين بقيمة العدل الذي يرمز إليه الميزان. وتم توزيعه على المكان الذين كانوا يلوذون بما فيه من أحكام إن توقوعوا حيفا ممن كانوا يسمون بالخاصة.
نحن الشعب التونسي،
نسعى بهذا الدستور الجديد إلى تحقيق العدل والحرية والكرامة، فلا سلم اجتماعي دون عدل ، ولاكرامة الإنسان دون حرية حقيقية، ولاعزة للوطن دون سيادة كاملة ودون استقلال حقيقي
إننا نؤسس نظاما دستوريا جديدا لا يقوم على دولة القانون فحسب بل على مجتمع القانون في الآن ذاته، حتى تكون القواعد القانونية تعبيرا صادقا أمينا عن إرادة الشعب ، فيستبطنها و يحرص بنفسه على إنفاذها ويتصدي لكل من يتجاوزها أو يحاول الاعتداء عليها.
إننا. و نحن نقر هذا الدستور الجديد ، مؤمنون بأن الديمقراطية الحقيقية لن تنجح إلا إذا كانت الديمقراطية السياسية مشفوعة بديمقراطية اقتصادية واجتماعية، وذلك بتمكين المواطن من حقه في الاختبارالحر، ومن مساءلة من اختاره، ونحو التوزيع العادل الثروات الوطنية.
نحن، الشعب التونسي،
نؤكد مجددا انتماءنا للأمة العربية وحرصنا على التمسك بالأبعاد الإنسانية للدين الإسلامي ، كما نؤكد انتماءنا القارة الإفريقية وهي التسمية التي تجد جذورها في التسمية التي كانت تطلق على وطننا العزيز.
نحن شعب يرفض أن تدخل دولتنا في تحالفات في الخارج، كما نرفض أن يتدخل في شؤوننا الداخلية، نتمسك بالشرعية الدولية وننتصر للحقوق المشروعة للشعوب التي من حقها، وفق هذه الشرعية أن تقرر مصيرها بنفسها وأولها حق الشعب الفلسطيني في أرضه السليبة وإقامة دولته عليها بعد تحريرها و عاصمتها القدس الشريف.
نحن، الشعب التونسي، صاحب السيادة،
نجدد تمسگنا بإقامة نظام سياسي يقوم على الفضلي الوظائف التشريعية والتنفيذية والقضائية، وعلى إرساء توازن حقيقي بينها.
كما نجدد التأكيد على أن النظام الجمهوري هو كفيل للمحافظة على سيادة الشعب وتوزيع ثروات بلادنا بصقير عادلة على كل المواطنين والمواطنات
واننا سنعمل ثابتين مخلصين على أن تكون التنمية الاقتصادية والاجتماعية مستمرة دون تعثر أو انتكاس في بيئة سليمة تزيد تونس الخضراء اخضرارا أقصاها إلى أقصاها ، فلا تنمية مستمرة دائمة إلا في بيئة سليمة خالية من كل أسباب التلوث.
نحن، الشعب التونسي، الذي رفع يوم 17 ديسمبر 2010 شعاره العابر للتاريخ، الشعب يريد ، نقر هذا الدستور أساسا تقوم عليه جمهورية تونسية جديدة.
الباب الأول: أحكـام عامة (الفصول 1 إلى 21)
الباب الثاني: الحقوق والحريات (الفصول 22 إلى 55)
الباب الثالث : الوظيفة التشريعيــة (الفصول 58 إلى 86)
القسم الأول: مجلس نواب الشعـــب (الفصول 58 إلى 80)
القسم الثاني: المجلس الوطني للجهات والأقاليم (الفصول 81 إلى 86)
الباب الرابع : الوظيــفة التنفيذية ( الفصل 87 إلى 116)
القسم الأول : رئيس الجمهوريــة (الفصول 88 إلى 110)
القسم الثاني : الحكومــة (الفصول 111 إلى 116)
الباب الخامس : الوظيفة القضائية ( الفصل 117 إلى 124)
الباب السادس : المحكمة الدستورية (الفصول 125 إلى 132)
الباب السابع: الجماعات المحلية والجهوية (الفصل 132)
الباب الثامن: الهيئة العليا المستقلّة للإنتخابات (الفصول 134)
الباب التاسع: المجلس الأعلى للتربية والتعليم (الفصل 135)
الباب العاشر: تنقيح الدستور (الفصول 136 إلى 138)
الباب الحادي عشر: الأحكام الانتقالية (الفصول 139الى 142)
و صدر بقصر قرطاج يوم الاربعاء من شهر محرم الحرام 1444 و 17 من شهر أوت 2022
قيس سعيد
رئيس الجمهورية التونسية